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Jeudi 28 février 2008
par Elie Cohen, directeur de recherche au Cevipof (Centre de recherche politique de Sciences-Po).

Claude Bébéar a annoncé ce jeudi qu'il quittait le conseil de surveillance d'AXA. Quel est son bilan au sein de l'assureur ?

- Claude Bébéar est un capitaine d'industrie. Mais il est aussi un homme d'influence considérable pour la promotion de la place de Paris dans la structuration du capitalisme français. Et c'est à l'aune de ces deux caractéristiques qu'il faut le juger.

AXA est aujourd'hui le numéro deux européen de l'assurance. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Au départ, c'était une petite mutuelle normande. Il a réussi à construire un groupe international à coup d'acquisitions stratégiques. On se souvient notamment d'UAP [avec lequel il a fusionné en 1996, ndlr]. Il a fait preuve d'audace, de détermination. Il a su acheter dans les phases basses du cycle et consolider les différentes acquisitions pour faire un groupe intégré et puissant.
A côté de ça, il avait un rôle plus discret d'éminence grise de la place financière de Paris et de parrain du capitalisme financier.
On a d'ailleurs pu observer tout son talent dans l'affaire Vivendi. Le conseil d'administration était paralysé, la situation financière se dégradait, et il y avait un conflit franco-américain sur la place publique. Son intervention a permis de trouver une issue dans une affaire qui s'envenimait. On peut certes trouver anormal cette intervention extérieure. Mais, pour la place de Paris, elle était la bienvenue.

Claude Bébéar est effectivement connu pour son influence au sein des grandes entreprises françaises...

- Le fonctionnement en groupe de Claude Bébéar et de certains de ses amis (Henri Lachmann pour Schneider, Jean-René Fourtou pour Aventis...) a pu donner l'impression qu'un club de patrons pouvait faire la pluie et le beau temps dans le capitalisme français. Mais l'expérience montre que c'était un groupe parmi d'autres, dont le poids était plus grand à certains moments, comme on a pu l'observer dans l'affaire Vivendi.
Confronté à des interventions d'entreprises étrangères, de fonds étrangers, voire de hedge funds, ce groupe a montré ses limites. Ce qui a conduit Claude Bébéar à dénoncer publiquement le rôle des hedge funds.

Comment va maintenant évoluer le capitalisme français ?

- Il est symptomatique que Claude Bébéar ait choisi, pour lui succéder à la tête du conseil de surveillance d'AXA, une personne peu connue des Français et peu impliquée dans l'establishment parisien, Jacques de Chateauvieux. C'est un authentique entrepreneur, non-conformiste, qui a bâti de toute pièce une grande multinationale: Bourbon.
Jusqu'à présent, nous étions habitués à ce que ce soit un grand de l'establishment qui occupe ce genre de fonction. Claude Bébéar fait un pied-de-nez à l'establishment. La nomination de Jacques de Chateauvieux va contribuer à renouveler le jeu. C'est un homme neuf, avec aucune coterie, aucun réseau. Outre le fait qu'il soit un entrepreneur industriel, il symbolise un renouvellement générationnel, mais aussi un renouvellement au sein de l'establishment.
A mon sens, Claude Bébéar continuera à exercer son influence sur la place parisienne. Il est toujours dans la mouvance d'AXA et président de l'Institut Montaigne. Par ailleurs, c'est lui qui met en scène cette nouvelle génération au sein d'AXA.
Le renouvellement du capitalisme français devient de plus en plus perméable aux fonds étrangers, de plus en plus fragile, comme on l'a vu avec Arcelor, notamment. Claude Bébéar impose ici une nouvelle génération moins marquée par le passé.

Propos recueillis par Julie Schneider,
(le jeudi 28 février 2008)

article publié sur Challenges.fr
Par Schneider Julie - Publié dans : Economie - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
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