Par Magnus Falkehed, auteur de "Le modèle suédois : santé, services publics, environnement, ce qui attend les
Français" (Ed. Payot, 2005)
Le gouvernement a annoncé ce mercredi que le CNE allait être rayé du Code du travail. Mais pourquoi vouloir transformer tous les CNE en CDI ? Et pourquoi le faire maintenant
?
- A l'approche des élections, le gouvernement veut certainement envoyer un signal positif.
Les Français n'aiment pas la flexibilité sur le marché du travail. Ce contrat se voulait un modèle pour la flexisécurité, mais ils ont oublié le volet sécurité.
Il faut bien comprendre que la flexisécurité n'est pas quelque chose de statique. C'est en perpétuel mouvement. Il ne faut pas vouloir fixer le curseur à un endroit exact entre la flexibilité et la
sécurité. Il faut s'adapter perpétuellement, modifier tout le temps et ne pas décider un jour, à cause d'élections qui approchent, de créer ou supprimer tel ou tel contrat.
Eric Besson, secrétaire d'Etat à la Prospective, a remis mardi un rapport à Matignon sur la flexicurité en Europe. Il note que, dans les autres pays, il y a moins de
segmentation du marché du travail et moins de survalorisation des diplômes. Le modèle de flexicurité est-il donc vraiment envisageable en France ?
- Oui, c'est possible. Il n'y a pas de raison que cela soit possible partout ailleurs et pas en France.
Mais la France souffre de son élitisme. Dès qu'il y a un problème en banlieue, on se dit qu'il faut ouvrir les portes des grandes écoles ou des universités d'élite aux jeunes défavorisés. Mais ce
n'est pas par l'élitisme qu'on résout le problème, mais bien plutôt par l'éducation de masse.
Si ce système se perpétue, il y aura une aristocratie bien diplômée qui a tout intérêt à rendre le marché du travail rigide, où seuls les rentiers avec diplômes accèdent facilement à l'emploi.
En Suède, en Finlande et tous les autres pays cités pour leur modèle de flexisécurité, c'est la formation continue et de masse qui est à l'honneur. Il me semble que, pour avoir un marché du travail
moderne, il faut mettre le paquet sur la formation continue. C'est un des piliers de la flexisécurité et la France a beaucoup à faire de ce côté là.
Si les Français accèdent facilement à la formation continue, ils pourront plus facilement quitter un emploi qui les ennuie. Les Français sont tétanisés à l'idée de quitter leur emploi. Ils ont peur
du chômage, de ne pas trouver un salaire équivalent... Leur peur contribue également à la rigidité du régime. C'est certainement l'un des plus grands freins à la flexibilité du marché du travail
français.
A mes yeux, il faudrait aider les Français à quitter leur emploi plutôt que de vouloir aider les patrons à avoir un énième nouveau contrat pour embaucher et licencier.
L'allongement de la période d'essai est inscrit dans la loi. Quelles en seront les conséquences ?
- Je m'interroge. Il faut rarement plus d'un mois à un patron pour voir si l'employé convient ou non, alors cet allongement me laisse perplexe.
A mon avis, cette mesure va rendre la situation des Français encore plus précaire. Il ne faut pas oublier qu'en France, il est difficile de se loger. Et le pouvoir d'achat est au cœur du débat en
ce moment.
Si votre période d'essai est de six mois, au lieu de trois mois, cela ne rendra pas la tâche plus facile. Et ce sentiment d'insécurité a des conséquences sur l'économie. Si l'employé est sur la
sellette, il n'osera pas investir, il n'osera pas consommer de peur de ne plus avoir d'emploi par la suite.
Propos recueillis par Julie Schneider,
(le mercredi 27 février)
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