Par Thomas Beschorner, professeur de "Business Ethic" à l'Université de Montréal.
L'Allemagne est touchée par la corruption, avec des affaires qui ont touché Siemens ou Volkswagen, comme en témoignent les lourdes condamnations tombées ce vendredi, ou le récent scandale de fraude
fiscale. Est-ce un manque d'éthique de la part des entreprises allemandes ?
- Je ne suis pas sûr que seule l'Allemagne soit
touchée par une corruption généralisée, même s'il est vrai qu'il y a eu beaucoup de cas ces dernières années.
Je pense malheureusement que la corruption fait parti du capitalisme moderne. L'Etat ne peut pas vraiment contraindre les entreprises à plus de responsabilité par la loi. La mondialisation est pour
beaucoup dans ce genre de comportement. Et nous pouvons aisément dire que c'est plus une question d'éthique et de comportement moral plutôt qu'une question de régulation.
Les entreprises doivent être plus responsables face à ce fléau, comme elles le sont maintenant concernant les questions sociales et environnementales.
Mais il n'y a pas que les entreprises qui doivent prendre leurs responsabilités, les consommateurs aussi.
Pensez-vous réellement que l'éthique et la morale aient leur place dans le domaine de l'entreprise ?
- De mon point de vue, oui. Pour éviter la corruption dans une entreprise, il faut responsabiliser les employés. Les cas de corruption font très mal aux entreprises aussi bien au niveau des profits
que de leur réputation.
Mais, la plupart du temps, les employés ne savent même pas ce qu'est la corruption et pensent que certains cadeaux ou avantages font partis du business, du management.
S'ils avaient plus d'éléments entre les mains, plus d'informations, de tels scandales pourraient être évités.
L'Allemagne doit-elle donc mettre en place de nouvelles lois anti-corruption ?
- Sans hésiter, je répondrais oui. Mais je pense qu'en Europe en général, il faudrait de nouvelles lois. Aux Etats-Unis, si un cas de corruption apparaît, les entreprises peuvent être condamnées en
tant qu'entité juridique et risquent des amendes record de plusieurs milliards de dollars. En Europe, seuls les directeurs et managers sont punis, pas l'entreprise. Du coup, comme l'amende touche
très peu les hommes d'affaires, voire pas du tout, les pratiques de corruption ont toujours cours.
Au contraire, devoir des milliards d'euros d'amende pour une entreprise devient rapidement hémorragique. Celle-ci peut courir à la faillite, et les employés être licenciés.
Je pense clairement qu'une telle loi devrait se mettre en place en Europe. Car si les hommes d'affaires savaient que leur entreprise risquait autant, ils changeraient rapidement de
comportement.
Propos recueillis par Julie Schneider,
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